27 juin 2008

Vox Populi

“Vox Populi vexe Dei !

Pages rousses du petit Larose »

Jacques Prévert in SPECTACLE. 

En exergue cette petite citation de Prévert qui, en plus de poésie, a su dire tout sur tout avec tellement de verve et d’ironie, sans oublier l’élégance de la simplicité et la couleur du cœur.

A propos de Vox Populi, vous avez vu ce qu’a réussi le petit village Gaulois de Carhaix contre les centurions du petit César ? Si ce n’est pas une victoire ça, c’est quoi ? Oh bien sûr, les centurions trouveront autre chose, mais il fallait quand même le faire et ils l’ont fait, eux, ces Gaulois ! Y a plein de monde qui ferait bien de leur demander la recette de leur potion magique, croyez pas ? En tout cas ils gardent leur hôpital !

Quand on voit tout ce qu’ils déconstruisent - (attention, ce mot ne veut dire que ce qu’il signifie, il s’agit pas de philo, là, pas le temps !) – ce qu’ils déconstruisent donc, par exemple après avoir saigné les campagnes de « leur poste» et aidé à la fermeture des petits commerces et bistrots bien familiaux en aidant les grands machinsgazins hideux et sans âme à venir gloutonner la « clientèle » dans la périphérie des villes (z’avez remarqué les deux significations opposées du mot “aide” ici), ils s’attaquent justement aux petites villes : disparition des hôpitaux de proximité, des tribunaux, des administrations, des casernes et bases militaires, le tout recentré à des kilomètres pour que ceux qui peuvent pas se déplacer se déplacent plus (ces emmerdeurs !) ou qu’ils paient la peau du cul pour pouvoir prendre un car épisodique qui passe qu’une fois par jour pour remplacer désavantageusement les lignes SNCF fermées justement là où ils avaient « leur » gare ! Pis en plus, ils transfèrent aux régions et aux départements tout ce dont ils se désengagent sans transférer les moyens qui vont avec, normalement, c’te blague ! Par contre : gros moyens pour aider six villes à ressembler à des campus à l’américaine. Pour combien de fermetures de classes ?

A propos de Vox Populi, vous avez vu encore cette levée de boucliers en bois des forêts de notre Gaule contre l’inique mesure préconisée contre les victimes de longue maladie à lourd traitement cher mais nécessaire même pour les effets secondaires pas très confortables, pour sûr. Ils ont pas osé, finalement.

Voilà, des petits exemples pour celles et ceux qui sont plus tièdes que tièdes ! D’autant que pendant les deux mois à venir, ça va encore tiédir un max, même s’il y a beaucoup de soleil. Ah c’est dur d’être gaulois et altruiste et solidaire, mais faites gaffes, ils sont fous ces  "romains" dangereux !

 

01 février 2008

Est-ce que le monde a changé

Pater noster

Notre Père qui êtes au cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l’Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuileries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Éparpillées
Émerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles
Et qui n’osent se l’avouer
Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Avec leurs tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde

Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs
reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des
canons.

Jacques Prévert, Paroles (1945)

 

1945, 1968, 1981, 2008... rien n'a changé, nous sommes tous responsables.

04 juillet 2007

Narcisse

Narcisse se baigne nu

De jolies filles nues viennent le voir

Narcisse sort de l’eau s’approche d’elles

et s’aperçoit qu’il n’est plus tout à fait le même

Quelque chose en lui a changé

Il se caresse de la main

étonné de donner sans le vouloir ni le savoir

comme un jeune cheval entier

les preuves de sa naissante virilité

Et retourne dans l’eau

plus ébloui que gêné

Et regarde les filles

puis

dans l’eau à mi corps se regarde encore

Et voit

par un phénomène de réfraction

un bâton brisé

Il se noie

déçu enfantinement désespéré.

Jacques Prévert

Spectacle

( Gallimard NRF 1949 - Folio 1973)

21 septembre 2006

Insomnie

Cette nuit, il fait un temps d'insomnie... alors je me tourne vers Jacques Prévert. Encore lui, et toujours. Tu ne dors pas, me dit-il, parcequ'il faut que tu saches ceci :

" Trop souvent, les blancs chantent en noir, ou en noir et blanc. Les noirs chantent en couleurs et aussi les enfants. " *

Pendant l'insomnie on pense à tout, à un mélange d'idées, de sujets, sans en prendre bien conscience. Puis tout à coup revient ce mot glané dans une précédente lecture :

" Économie politique : Merde à l'or ! " **

Il faut bien s'offrir quelques friandises, quand on ne dort pas !

 

* et ** : Intermèdes, dans Spectacle - Jacques Prévert - Gallimard - Folio

18 septembre 2006

A propos de liberté et de vérité

Un "intermède" de Jacques Prévert, dans son livre  'Spectacle'

 

Quand la vérité n'est pas libre, la liberté n'est pas vraie :

 les vérités de la police sont les vérités d'aujourd'hui.

 

Puis un petit poème extrait du même recueil : " De grands cochers... "

 

De grands cochers intègres

et protecteurs des bêtes

sur le siège du carrosse

où leurs fesses sont posées

agitent au bout d'une perche

une carotte pourpre

et les cochers stimulent

les centaures attelés

en poussant de grands cris

Vive la liberté

Et les centaures galopent

éblouis enivrés

route de la révolte

sans jamais s'arrêter.

 

Jacques Prévert - Spectacle- Gallimard - Folio

03 août 2006

Poème de Prévert

Est-ce un hasard ? Jacques Prévert vient de me dire…

 

Tant de saisons heureuses

prédites dans le creux de chaque main

tant de bonheur d’un soir déjà un peu ancien

roulé dans la poussière

d’un pauvre lendemain

 

Tant de fraîcheur

et de beauté

et de confiance et de joie et de gaieté

égorgés un beau jour

tout bonnement

au coin d’un bois de fer de loques et de ciment

en pleine rue

en pleine misère

journellement

officiellement.

 

( Jacques Prévert – Grand bal du printemps – poèmes – Gallimard – Édition 1976)

27 mai 2006

Qui l'eût Drut ?

Avant de me mettre en colère, cela arrive souvent ces temps-ci, j’ai tenté de me raisonner, de ne pas tomber dans le panneau. Style « tout le monde en parle. » Alors j’ai fait un petit tour dans ma mémoire et mes quelques livres. J’y ai cherché une sorte de réconfort, de soutien. Et j’ai trouvé cette sentence de La Fontaine :

Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes.
On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain
.
(La Besace)

Fort de ces bonnes paroles, je me suis cru à l’abri de céder à l’impertinence et à la vocifération commune, partagée sur les blogs, dans les journaux, les partis politiques. Je me suis presque convaincu de ne pas crier avec les loups. Mais je me trompais. Les loups ne hurlaient pas tous. Beaucoup se taisaient, penauds, la queue entre les jambes et la tête basse. Certains faisaient semblant de dormir, d’autres se sogermatisaient, d’autres encore revenaient du Mali où ils avaient porté le fer rouge de la bêtise droitière. Mais tout cela aussi était sujet de colère. Des cavalcades branquignolesques pour occuper le terrain encore et toujours, n’avoir rien à dire de nouveau mais le dire fort, faire semblant, officier de tristes cérémonies. Une façon de courber l’échine en prétendant rester debout et digne. Bon. Rester calme, rester calme surtout !

 Soudain nous parvient du Chili une pythique incongrue et provocatrice : « Après un examen approfondi du dossier par la Chancellerie, le Garde des Sceaux m'a proposé d'amnistier Guy Drut. Je l'ai fait en fonction de la loi. Je l'ai fait pour garantir l'influence de la France au sein du CIO. Priver la France d'un siège et d'une compétence serait irresponsable alors que la loi prévoyait explicitement ce cas.» N’est pas Pindare qui veut, tout le monde le sait, mais avec une pareille mauvaise foi, en plus, c’est un comble. Il n’existe pas d’autre personnage en France qui fût digne de cette « représentation » et capable de cette « influence » ?

L’autre droit dans ses bottes, le bordelais, ne parle pas (encore) de cette amnistie. Il s’apitoie sur les déboires (des salariés ?)  de la Sogerma, dans son célèbre blog : « Je me réjouis que la mobilisation générale de tous les responsables contre la fermeture du site de la SOGERMA à Mérignac commence à porter ses fruits. Hugues Martin est intervenu avec beaucoup d'efficacité lors de la séance des questions d'actualité à l'Assemblée Nationale. J'ai vu aussi, sur les écrans de télévision, M. Sainte-Marie, député-maire de Mérignac. Tout le monde s'y est mis, y compris le Premier Ministre qui est venu sur place.
La mondialisation a parfois bon dos. Elle ne doit pas être l'alibi du renoncement. »

Une droite sociale en somme, et la mondialisation ne justifie pas tout, d’abord. Mais elle n’est pas si mauvaise que cela quand même, puisque « La mondialisation n'efface pas la diversité culturelle! » Jugement de bonne justice ?


Un autre blogger sévit, du côté de Grenoble, un ex maire-député-ministre, qui revient sur le devant de la scène, engagé dans les troupes de Sarkozy. Un donneur de leçons de bonnes mœurs au bon peuple, non mais ! la preuve : « Il me tarde de confronter mes propositions quant à la nouvelle éthique de gouvernance publique avec tous. Car rien n'a bougé depuis 10 ans. » De toute façon, dit-il dans ce même blog « le contraire du pouvoir personnel c’est le pouvoir impersonnel. Je préfère le premier ». Au moins, là, pas de problème avec l’amnistie, ni avec la démocratie. Il a de bons soldats, le ministre de l’intérieur.
 
Ils sont venus ils sont tous là, ou presque, il en manque quelques-uns…
 
Et pendant ce temps là, même si la Méditerranée roule ses galets à Cannes, un autre poète, Jacques Prévert, s’attriste dans Histoires :
 
«… là où la justice qui habite un Palais
gardé par de terrifiants poulets gris
juge et condamne la misère
qui ose sortir de ses taudis
Dérisoire et déplaisante parodie
où le mensonge assermenté
intime à la misère l’ordre de dire la vérité
toute la vérité rien que la vérité
Et avec ça dit la misère
faut-il vous l’envelopper »
 
Et la justice lui répond : 

« Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
 »
(Les Animaux malades de la peste)
 

La Fontaine et Prévert ne sont pas des poètes du XXIème siècle, mais ils nous avaient bien prévenus, pourtant. 

Je m’en veux, je viens de juger mon prochain, sans savoir si c’était avec le bon œil.

 
 
 
 

28 avril 2006

Un peu de poésie... !

Pour changer un peu.

 

"De deux choses lune, l'autre est le soleil"

 J Prévert (Paroles)


Mangez sur l'herbe
Dépêchez-vous
Un jour ou l'autre
l'herbe mangera sur
vous.

J.Prévert (Fatras)