01 avril 2008
Polycarpe de Claudine Chollet
Il y a un peu plus d’un an, à peine vingt jours après mon entrée dans ma grotte, je recevais deux volumes très attendus de la série des “Polycarpe” de Claudine Chollet, écrivaine et blogueuse avec laquelle j’ai quelques affinités. Mon goût pour l’écriture et nos échanges de commentaires ont fait le reste. Lorsqu’elle nous a avisés, sur son blog, de la parution de ses livres, j’ai commandé aussitôt et je fus le premier blogueur à l’avoir fait, me dit-elle, j’en tire une certaine fierté ! De ses dédicaces délicates et amicales, je ne vous livrerai que ces passages « Je fais confiance à mon Polycarpe pour te remonter le moral » sur l’un des romans et sur l’autre « … la lecture de ces Poly te portera chance », ce sont bien là des paroles d’amie, fut-elle virtuelle. Merci Claudine, c’est très vrai. Une année a passé et je me sens très bien. Je n’en ajoute pas plus pour ce qui me concerne.
Je n’ai pas encore acquis la suite de la série, mais je n’y manquerai pas. Bien entendu je ne parlerai pas des intrigues auxquelles se trouve mêlé Polycarpe. Mais ce que je peux affirmer, sans risque de rien déflorer, c’est que, si je les ai lus trois fois, c’est parce que ces romans sont plus qu’attachants par les évènements, certes, mais surtout par la personnalité de Polycarpe et des personnages qui l’entourent. Par l’écriture de Claudine Chollet, aussi, qui vous tient en haleine de la première à la dernière page, avec une pointe d’humour, une ironie discrète parfois, et aussi une psychologie profonde et subtile des acteurs de ces histoires policières.
Polycarpe est un quinquagénaire qui, comme dit la quatrième de couverture “… désire rompre avec son passé… ” et “ … démarre une nouvelle existence”. Claudine Chollet nous fait assister à cette renaissance avec un style simple, des évocations à la fois poétiques et réalistes du village, des environs et des gens. Le tout en un rythme soutenu mais où l’énigme tarde – volontairement – à être résolue, ce qui lui donne un charme supplémentaire. Nous ne pouvons qu’apprécier la sagacité et l’esprit de solidarité de Polycarpe. Bien que « policiers », ces romans sont loin des sentiers battus actuels, frais, savoureux, et la violence – bien que des crimes y soient commis – n’y existe pas en tant que telle. Le plaisir de la lecture, tout simplement.
Livres en référence :Polycarpe, Le Pigeon Noir – 2007 – Éditions Tutti Quanti
Polycarpe, Le nègre en chemise – 2007 – Éditions Tutti Quanti
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16 août 2007
Florian Zeller écrivain ?
La catégorie « Notes de lectures » était en sommeil depuis septembre 2006, non pas que j’aie abandonné la lecture, mais les évènements de ma vie privée (premiers craquements perçus en Août de cette même année, justement au village du livre de Fontenoy la Joute, que j’évoquais dans la note du 22 septembre) m’ont éloigné de la structure initiale que j’avais donné à ce blog, structure à laquelle je tente de revenir à petits pas.
La fascination du pire, de Florian Zeller. Je me suis procuré ce livre sur un coup de tête. Je l’ai aperçu en livre de poche « J’ai Lu » dans le rayon librairie d’une grande surface et la seule vue de son nom sur la couverture m’a rappelé le battage fait ces dernières années autour de cet auteur. J’ai déjà exprimé à propos de Houellebecq mon aversion à acquérir les livres des écrivains à propos desquels les montages publicitaires trahissent l’unique préoccupation de vendre. Pour cette fois, j’ai voulu asseoir mon opinion.
Cent cinquante sept pages de mots. Ce n’est pas un roman, c’est une histoire prétexte. Il n’y a pas d’intrigue. J’en connais prêts à s’insurger, mais je persiste. La recherche effrénée de la femme objet de l’un des « personnages » n’est pas une intrigue, c’est une obsession. Que celle-ci se déroule en Egypte pourrait être banal en soi, mais cet environnement choisi donne à l’auteur un prétexte – nous y voilà - de décrire les mœurs et coutumes des pays musulmans de façon fort négative. Le narrateur se pose en observateur- acteur- juge de cette course échevelée de son collègue en écriture (oui, c’est une affaire d’écrivains !). Il semble lui-même d’ailleurs devoir céder à cette quête pour se raviser au dernier moment qu’il existe à Paris une compagne de sa vie… Mais enfin la tentation fut grande. Quant au dénouement, il ne concerne que le comparse du narrateur, comparse qui finit mal, mais je n’en dirai pas plus. On ne peut que penser à Salman Rushdie, à ce sujet… La comparaison s’arrête là !
Quant au style, néant. Une sorte d’écriture verbiage, dire pour dire, alors que Monsieur Zeller fait référence à plusieurs reprises à Monsieur Flaubert. Mais pardon, ce n’est pas pour son style qu’il l’évoque, mais pour son périple de noceur en Egypte. Tout s’explique. Je m’interroge : ce « roman » a obtenu le Prix Interallié 2004. Dans un entretien à l’Express, à la question posée : « Les auteurs contemporains que vous aimez? », il a répondu : « Kundera, Modiano. Et Houellebecq. »
Florian Zeller – La fascination du pire – (Flammarion 2004)- Collection «J’ai lu » - 2007
20:05 Publié dans Livre, Notes de lectures | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Vive la vie, blog, *de tout et de rien*
22 septembre 2006
Jeunes écrivains : André Gide et Marcel Proust
Quelle réaction malsaine me pousse donc à parler de deux jeunes écrivains, André Gide et Marcel Proust, alors que le vaste charivari des livraisons de la rentrée et de la course aux prix dits littéraires a déjà commencé, me demanderez-vous ? A quoi je répondrai : rien de malsain, rien d’épidermique. Des circonstances de lecture, tout simplement, que j’ai la faiblesse de protéger des effets de mode et des pratiques moutonnières et grégaires de beaucoup, orchestrées par des chauffeurs de salle aux ordres des maisons d’édition dites « grandes ». J’avoue trouver dans certains livres un vrai réconfort face aux déceptions ressenties devant une certaine « imagerie » des turpitudes humaines. Mais quoi ! Le monde est monde et continue à tourner. Je m’adonne à la lecture aussi souvent que possible mais c’est encore moins que je le voudrais.
Peut-être un jour…
Adoncques ces deux écrivains, jeunes alors, ont publié ce que l’on qualifie, dans un langage hautement convenu et condescendant, une œuvre de jeunesse. S’il y a jeunesse, c’est par l’âge, le talent, lui, ne doit rien au temps. Le premier avait vingt-six ans lorsque parut « Paludes » et le second vingt-cinq à la parution de « Les Plaisirs et les Jours ». Chacun a préparé le lecteur à l’écriture et au contenu du livre par un avant propos de son cru, chacun bien différent, évidemment, mais dans un même besoin d’explication, ou de justification dirons les juges-censeurs autorisés (par qui ?). Je préfère de loin cette méthode aux dithyrambiques quatrièmes de page que nous offre de façon quasi incontournable la technique marchande actuelle. Les deux auteurs sont de vrais contemporains, le premier était né en 1869 et le second en 1871. Les dates de parutions de leurs livres sont respectivement 1895 et 1896.
Il se trouve que je les ai achetés le même jour, chez un libraire du village du livre de Fontenoy-la-Joute. Je les ai acquis pour un très petit prix. Et je les ai relus. Relu, dis-je, parce que, bien sûr, je les avais déjà lus dans une lointaine jeunesse, pour les cacher ensuite dans les tréfonds d’une mémoire devenue presque inaccessible, me semblait-il. Je me trompais. De les rencontrer dans les rayonnages abondamment fournis de cette librairie a fait resurgir leur souvenir et ce que j’en avais reçu et pensé. Relecture et nouvelles sensations, découvertes et redécouvertes mêlées, j’ai trouvé cela bien agréable, un peu comme une récréation. Et bien cette fois, je vais les relire à nouveau, parce que j’ai eu l’impression qu’ils se parlaient à travers moi. Il me faut donc vérifier si cette impression se confirme ou si je n’ai fait que rêver un scénario impossible. Peut-être en ferai-je part un jour prochain. En tout cas je compte bien y trouver amusement et délassement bien nécessaires en ce moment.
09:25 Publié dans Notes de lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vive la vie, littérature, blog, perso, écriture
17 août 2006
D'une île à l'autre
Depuis quelques jours, j’ai entrepris la lecture d’un roman d’Umberto Eco : « L’île du jour d’avant ». Il n’est pas question, pour l’heure, d’en donner un quelconque résumé ni une appréciation globale, cela va de soit. Néanmoins je ne peux m’empêcher de souligner le véritable enchantement dans lequel je suis tombé de page en page. L’aventure d’un certain Roberto, solitaire, commence seulement et déjà l’écriture, les évocations de personnages, de guerre, de nature, de sentiments et leurs descriptions me subjuguent et me ravissent. La puissance narrative de cet écrivain est trop rare il faut le souligner. Je ne sais pas encore ce que j’en tirerai lorsque j’aurai terminé, mais dores et déjà je peux affirmer qu’Umberto Eco est un humaniste, dont le style procède à la fois d’une profonde connaissance de l’histoire humaine, des langages et coutumes, des réalités et beautés de la nature et d’une expression respectueuse des époques et des régions. Sa façon de les restituer dans ces pages est plus qu’un bonheur et, au passage, il faut associer à ces savoir dire et savoir faire le traducteur Jean-Noël Schifano. Ce livre a un peu plus de dix ans mais il traverse le temps, comme les héros qui y vivent. Je reviendrai sans doute sur cette histoire d’île qui chasse assez facilement et de superbe manière la possibilité d’une autre île que je n’ai pas encore digérée. Car ici, sous la plume d’Umberto Eco, à première vue, les personnages sont humains.
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07 juin 2006
Le Zahir et la Possibilité d'une île
Comment parler des livres sans paraître ou pédant ou prétentieux, sans donner, surtout, dans l’attitude du critique qui sait, qui juge, qui dicte, vindicte, édicte, caresse ou vilipende selon son humeur elle-même issue d’un engagement express envers son employeur ou conditionnée par un éventuel renvoi d’ascenseur dû à quelqu’un ou attendu d’i celui ? En disant simplement que l’on aime, que l’on n’a pas pu lire jusqu’au bout, que l’on n’a rien compris, que l’on déteste. Voilà tout. A quoi donc sert-il de vouloir disséquer, je vous le demande ? Et de quel droit ? Et en vertu de quelle expertise ? J’aime ou je n’aime pas. Le livre m’a parlé, je l’ai entendu. Ou alors je n’y ai trouvé qu’insignifiance, selon mon goût que je n’impose à personne. Par contre, je revendique le droit de le dire. Le droit pour chacun de le dire et de pouvoir expliquer pourquoi. Cela ne mange pas de pain. Et qui s’en offusque passe son chemin. Ceci posé, je viens de terminer la lecture de deux livres et il me démange d’en parler sans langue de bois (c’est bien ce qu’il faut dire, non ?). Un roman et une expérience.
Michel Houellebecq et « la possibilité d’une île »(Fayard - Août 2005) Second livre de l’auteur, lu en quelques mois. Le dernier certainement. Son île affleure à peine au dessus d’une eau étrangement opaque, obscurcie par d’étranges particules déjà rencontrées ailleurs. Comment expliquer ? Le narrateur, les narrateurs clones les uns des autres ont une voix monocorde comme son écriture élémentaire… Cherchez la littérature, vous ne trouverez que des ratures superposées, des raccords de désenchantement, des répétitions, y compris d’un livre à l’autre et une histoire longue et rasante du toujours même qui ne parle que de lui. Il s’imagine scrutant les signes de l’agonie du monde humain et lui trouve une échappatoire par le biais d’une re-création à la sauce « quantique » entamée dans « les particules », qui mènera à la suppression des sentiments, des sensations, de la compréhension de l’autre et à une sorte de pérennisation de la peur de disparaître. Obsession de sexe associé à la haine du vieillissement, salissure de la femme, vitupération contre la civilisation, racisme rentré et ironie sur les penseurs qui ont précédés ses élucubrations. Teilhard de Chardin, qu’on souscrive ou non à sa conception de l’évolution du monde, avait une autre stature que les petits savants scientistes qui s’ébrouent dans les romans de Houellebecq. Cela n’empêche pas ce dernier de le piétiner de la pire façon. Bref, on rêve en vain d’un possible rayon de soleil sur un récif de corail au bord de cette île. Certains y auraient trouver un hymne à l’amour et un nouvel humanisme, cela ressemble aux vieilles casseroles que l’on ressort pour doper un produit sans intérêt mais qu’il faut vendre. Cela a l’air de marcher, mais j’irai me noyer ailleurs que dans ces eaux troubles.
Paulo Coelho et « le Zahir »(Flammarion - Mai 2005) Le récit du parcours singulier d’un homme, qui pourrait être l’auteur lui-même, à la recherche de son moi profond et d’un sens à sa vie. A travers ses pérégrinations sur la planète et dans les rencontres avec les êtres les plus divers et singulièrement humains, il découvre et délivre peu à peu le message de vie de « l’énergie de l’amour ». Le prétexte de cette quête est la disparition de son épouse Esther vers laquelle il va tenter de guider ses pas avec l’aide de plusieurs personnages soit inspirés, comme Mikhaïl rencontré à Paris, sorte de missionnaire envoyé sur sa route pour le guider un temps, soit remplis de sagesse, comme le vieillard qui enseigne à Esther une partie de ce fameux message. Je ne dirai rien du dénouement, par respect pour les éventuels lecteurs du livre qui n’est pas qualifié de roman. Au passage, l’auteur décrit la civilisation actuelle par de courtes évocations comme la chute du communisme, la réalité de la vie de clochards, les contraintes du système commercial qui le poussent à sacrifier parfois à la cérémonie de l’auto promotion, les guerres et le travail des journalistes , dont Esther, qui les couvrent. Il jette sur le monde et sur lui-même un regard de plus en plus tolérant, de plus en plus curieux et ouvert, aidé en cela par l’approche des diverses croyances, la signification et l’approfondissement de la spiritualité, la découverte de la nécessité du don et du dépassement de soi pour l’établissement d’un avenir plus humain. La lecture de ce livre est envoûtante à cause d’une écriture fluide, directe. Les personnages vivent chacun leur aventure sans fioriture inutile et le discours reste simple, loin de la grandiloquence et des platitudes.
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21 avril 2006
Jean Paul Sartre et Alain, philosophes ?
Encore une fois je m’interroge sur ce terme : philosophie. Je viens de relire Les carnets de la drôle de guerre du premier et les Propos sur le Bonheur du second et je ne suis pas certain d’avoir avancé d’un pouce dans ma démarche (perpétuelle) de compréhension de cette « matière » qui me semble toujours aussi… virtuelle ! Bien entendu, je n’attendais pas de ces relectures qu’elles me délivrassent de mon interrogation. Mais il s’agissait bien de rafraîchir mes réflexions sur ce vaste sujet et, autant que possible, de tenter de progresser un peu. Las, il n’en est rien. Depuis ma rencontre (très ancienne, mais chut !) avec Socrate, je n’ai jamais pu me résoudre à laisser une quelconque idée s’imposer à moi comme système, fut-il simple tentative d’explication. Tout au plus en sommes nous, tous, au questionnement. Et tous les raisonnements que j’ai lus et qui s’employaient à trouver une solution n’ont pas même réussi à poser seulement une équation susceptible d’aider à avancer. La philosophie reste conceptuelle, fût-elle enracinée dans d’habiles démonstrations ou existentielles ou terriennes. Je ne suis pas même certain que la phrase de Kant qui dit, en substance, que l’on n’apprend pas la philosophie, on apprend seulement à être philosophe soit de bon sens. Car comment être philosophe quand la philosophie n’existe pas en elle même. Je ne vais pas me faire que des amis !
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Après avoir suffisamment coupé les cheveux en quatre, je reviens aux deux livres. En ce qui concerne Jean Paul Sartre, nous plongeons dans quelques uns des carnets qu’il tenait pendant la guerre, là où il était affecté, principalement en Alsace, de Novembre 1939 à Mars 1940. Il y aborde indifféremment des sujets concernant cette guerre et la façon dont elle était menée ; la description des lieux et des caractères de ses voisins et collègues de chambrée ainsi que leurs relations à l’armée, à la guerre et aux populations locales ; des réflexions approfondies sur des thèmes philosophiques, où l’on voit poindre et se développer les thèses de l’Etre et le Néant entre autres ; des notes de lecture et des appréciations révélatrices sur divers écrivains, aidant à la compréhension de son évolution intellectuelle et de ses goûts littéraires ; naturellement, des notes plus intimes sur sa vie d’alors et quelques retours sur son enfance et ses origines, qui annoncent déjà Les mots et des évocations de ses années d’études ainsi que de ses amis comme Paul Nizan, par exemple.
Mais après cet aimable catalogue, je n’ai rien dit. Le rapport de Sartre à la guerre est confus et même ambigu, il écrit : « La guerre n’a jamais été plus insaisissable que ces jours-ci. Elle me manque, car enfin, si elle n’existe pas, qu’est-ce que je fous ici ? » ou bien : « Seuls ne méritent pas la guerre les hommes qui ont accepté d’être les martyrs de la paix » ou encore : « En refusant la guerre, j’aurais payé pour les autres. En l’acceptant, je paye aussi mais pour moi seul ». Il analyse aussi les conditions de cette « drôle de guerre », les arcanes politiques qui y ont mené et la guident. Dans le domaine de la pensée (il dit « Entière gratuité de ce carnet, comme de la pensée en général ») il se confronte soit à celle des autres comme Kierkegaard ou Heidegger et des écrivains comme Gide, Malraux, Proust et bien d’autres (il correspond avec Jean Paulhan) soit il approfondit des thèmes comme le néant, la volonté, l’avenir, la temporalité auxquels il consacre de longs développements qui surgissent après un ou deux paragraphes sur les mobilisés qu’il côtoie ou sur leur situation sociale, locale, leur moral, leurs tics. Il fait des allers et retours sur ses relations avec le Castor (Simone de Beauvoir) et d’autres êtres aimés. Il passe, selon les sujets, du sérieux à l’ironie, de la rigueur à la sympathie. Ses appréciations littéraires soit éclatent avec vigueur ou dévotion, soit étalent de profondes déceptions jusqu’à une extrême sévérité. Il se regarde lui-même parfois, sans complaisance (moquant par exemple sa jalousie ) et avec réticence par moment. D’ailleurs il annonce qu’il ne continuera pas son journal après la guerre, car il ne veut pas « être hanté [par lui-même] jusqu’à la fin de [ses] jours ». Ce que je trouve attachant, chez lui, dans ces carnets, c’est sa flexibilité, sa manière de sauter d’un sujet à l’autre sans aucune difficulté apparente, ainsi que la possibilité qu’il a de toujours écrire sur tout. Je n’irai pas plus loin, sauf à réécrire ce livre en lui portant préjudice. J’ajoute simplement que, pour moi, sa lecture ne peut être linéaire et continue mais qu’elle exige une disponibilité minimale pour entrer dans le jeu labyrinthique de l’auteur.
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Jean Paulhan a écrit à Jean Paul Sartre à propos d’Alain , à la suite d’une inculpation de ce dernier (à propos de sa signature sur un tract intitulé « Paix immédiate » qui invitait les armées à ne pas se battre) : « Le capitaine Marchat interroge Alain, fort poliment, chez lui: ‘ Ayant vu dans le manifeste le mot Paix, dit Alain, j’ai signé sans lire le reste’ ». Cette anecdote situe-t-elle véritablement Alain ? Naïveté ou ironie ? Dans ses « Propos sur le bonheur », il utilise un style fait de réserve et d’humour subtil. Des sortes de billets courts, ciselés au fil des jours, avec un réalisme sans fioritures et sans digressions inutiles. Au point qu’une impression d’inachevé ou d’insuffisance laisse le lecteur dans l’attente, parfois. Il dit d’ailleurs, dans la dédicace qu’il adresse à Madame Morre-Lambelin : « Je suppose que cette manière de faire n’est pas sans risque ; car le lecteur ne considère pas ce que l’auteur a voulu. » La raison de cette méthode semble résider dans une volonté de provocation, d’invite à la réflexion. Il aborde quatre vingt treize domaines (qu’il appelle « morceaux ») qu’il traite en une à deux pages au maximum, exerçant un esprit de rigueur teinté de poésie, par moment (ainsi le morceau « Regarde au loin » sur l’exercice de la pensée et la libération du corps). Il s’agit là d’une œuvre de moraliste, avant tout, et il use d’une pédagogie simple. Ces courts textes ont toutes les apparences de la sagesse, mais qu’est-ce que la sagesse ? Je ne détaillerai pas les sujets abordés, Alain passant allègrement de thèmes tels que « De l’imagination » à « Le couple », après avoir évoqué « Vitesse », « Gymnastique », « Ne pas désespérer » et « Diogène ». On comprendra qu’il n’y a pas là matière à résumer. Ici non plus, une lecture continue ne satisferait pas, on s’en doute. Il ne s’agit pas d’un traité sur la morale mais d’un livre de petites morales. A chacun d’y trouver ses réponses, mais sans doute pas ‘une’ réponse.
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06 avril 2006
Houellebecq et les particules
Ce billet est pour moi un exercice inhabituel. Parler d’un livre me fut toujours plus facile dans une conversation, un échange. Mais, comme j’ai promis, je vais oser. Il ne s’agira cependant que d’exprimer ce que j’en ai reçu et compris. Ce que j’ai aimé ou non. En aucun cas, même si cela y ressemble, je ne me livrerai à une « critique littéraire ». Je ne m’accorde pas le droit de conseiller ou déconseiller et je n'éliminerai aucun de mes sentiments, aucunes de mes réactions, par simple souci de franchise.
Les particules élémentaires de Michel Houellebecq m’ont occupé plusieurs heures, car je me suis astreint à le lire minutieusement, la renommée de l’auteur et le marketing tonitruant de sa maison d’édition m’ayant, je l’ai déjà dit, disposé négativement à son égard. C’est un bien mauvais départ, je l’admets volontiers. Le titre est en lui-même original. Cette originalité est due à deux causes sans lien apparent. La première indique que le roman s’appuie sur une sorte de démarche scientifique de l’un des héros ; la seconde se veut accrocheuse, du simple fait de la proximité du titre et de la catégorie (roman), à première vue antagonistes Cela fait interrogation. On cherche donc à en connaître la raison et le piège se referme par l’achat du bouquin !
Comme souvent, j’ai d’abord lu la quatrième de couverture. Elle est un extrait d’un article de Jorge Semprun dans le JDD. Cet écrivain espagnol devrait, pour certains, être un gage de qualité, sinon une caution. Je me méfie de ces « appréciations » dont on devine, quoiqu’on pense, un arrière fond mercantile, hélas. Le temps n’est plus où l’esprit loue l’esprit. A quoi on devine que la créativité, la vraie, en a pris un sérieux coup avec ce foutu principe avant tout commercial de rentabilité, autour duquel tournent désormais les papiers de critiques serviles qui prêtent leurs plumes aux luttes entre gros groupes d’éditions, auxquelles participent joyeusement les jurys des prix littéraires de renom. C’est ainsi, c’est facilement imaginable, que sans doute bien des œuvres demeurent dans les tiroirs ou sont pilonnées après une faillite lors d’un quelconque top 50 qui n’a plus rien de littéraire.
Pour en revenir à notre sujet je suivrai commodément (et par facilité, je l’avoue) la description sinon dithyrambique du moins laudative de monsieur Semprun. « La vie de la seconde moitié du XXème siècle […] Houellebecq en reconstitue la trame avec une belle énergie narrative, avec un sens très sûr de la progression et de la digression, avec un art consommé de l’incrustation de brèves données historiques ou sociologiques dans le déroulement de péripéties individuelles… » Muni de ce guide je partis confiant. Deuxième page du roman, Michel, l’un des deux personnages principaux, s’interroge sur la lenteur d’une collègue à démarrer sa voiture et l’imagine en train de se masturber… énergie narrative ou digression ? Voilà qui augmente mon appréhension à devoir tenir pendant 394 pages. Je la surmonte néanmoins, me souvenant à point nommé avoir lu les romans fleuves d’écrivains de la première partie de XXème siècle. La possibilité d’un lien…
Il s’agit, en fait, de l’histoire de deux frères, utérins, depuis leur enfance jusqu’aux environs de 2005… Pour commencer, l’auteur semble peiner à tracer leur généalogie dont une partie est commune, il « digresse » trop, à mon goût, dans les méandres compliqués des choix des géniteurs et de leurs ancêtres. Au point qu’il se sent tenu de les rappeler dans l’évocation de leur vie contemporaine de leurs enfants. Cette lourdeur rend « l’énergie narrative » moins « remarquable ». Ceci dit, les trajectoires des demis frères sont parfaitement tracées. Michel, le scientifique, l’homme d’étude qui deviendra une sorte de philosophe et de fondateur d’une humanité nouvelle (je n’ose le mot « idéologue » qui déplaît trop à Michel Houellebecq) : «… sans avoir connu l’amour lui même […] il avait pu se rendre compte que l’amour, d’une certaine manière, et par des modalités encore inconnues, pouvait avoir lieu »[1]. Bruno, un être insatisfait de son sort, frustré sexuellement en permanence, glauque et onaniste, à la recherche de l’être féminin le plus jeune possible, tous les autres lui paraissant aussi usés et décadents que lui. Il ne leur pardonne pas plus qu’à lui leur vieillissement… Ces deux vies baignent dans des environnements assez peu précis, centres de recherches pour Michel, lieux d’enseignements, camps pseudos soixante-huitards pour Bruno, pourvu que la sexualité eût une occasion minimale d’exulter. Je ne parlerai pas des épisodes divers. Seul un personnage semble traverser ces vies avec une certaine tendresse de l’auteur, Annabelle, que Michel « aurait pu » aimer.
Je ne sais quoi penser du style. Rien ne m’a ému, ni dans les descriptions, ni dans les dialogues (souvent de longs monologues accolés), ni dans les sentiments. Ajouterai-je à tout cela que l’objectif très apparent de Michel Houellebecq étant d’amener le lecteur à une explication des sentiments, des idées et des situations sociales par le biais de réactions du type de celles appuyées, entre autres, sur la physique quantique confère raideur et froideur au récit ? (Quand je pense que je me définis comme électron libre, cela me fait sourire !!) Ses critiques des mouvements hippies, ses analyses des sectes satanistes et des sérial killers ne parviennent pas à mettre le feu à cette atmosphère tiède. Quant aux « brèves données historiques », je viens de vous les citer. On s’aperçoit que tout se passe dans un certain milieu « bulle », abstraction faite de toute autre réalité sociale ou « géopolitique ». On s’aperçoit aussi que le sida semble ne pas exister. Ajoutons à cela un certain racisme anti-noir de la part de Bruno, des évocations d’Aldous Huxley, de son frère Julian, d'Auguste Comte, des éreintements de Lacan, Foucault, Derrida et Deleuze, tout ceci devant sans doute justifier cette fameuse nouvelle humanité issue des rêveries de Michel Djerzinski.
Pour finir, l’histoire est racontée par un des membres de cette nouvelle humanité en gestation, « nouvelle espèce, asexuée et immortelle, ayant dépassé l’individualité, la séparation et le devenir »[2]. Que pensez vous de cette phrase : « […] le plus grand mérite de Djerzinski n’est pas d’avoir su dépasser le concept de liberté individuelle (car ce concept était déjà largement dévalué à son époque[…]) mais d’avoir su, par le biais d’interprétations il est vrai un peu hasardeuses des postulats de la mécanique quantique, restaurer les conditions de possibilité de l’amour. » ?[3]
Au final, je ne suis pas de l’avis de Monsieur Jorge Semprun. Ni de celui de Michel Houellebecq.
[1] Les particules élémentaires, page 377, Flammarion 1998. (C’est moi qui souligne.)
[2] Idem, page 385.
[3] Idem page 377.
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16 mars 2006
Ce que je lis...
Mes lectures actuelles peuvent sembler disparates et peu au goût du jour, mais comme on dit en guise d’excuse « on ne se refait pas ». A ceci près que je n’ai à présenter d’excuses à personne, encore moins à me justifier. Cette sortie pour quelques plaisantins que je connais et qui ne se feront pas faute d’agir en inquisiteurs dès lors que mes goûts et méthodes (et même mes mots) n’aient pas l’heur de les enchanter. Plaisanterie mise à part, ces choix sont pour une fois le fruit du hasard. Je me suis rendu à la bibliothèque récemment, comme cela m’arrive de temps à autre, et je suis tombé sur deux livres d’un certain Houellebecq, qui avait alimenté fortement la chronique lors du dernier Goncourt, si fortement même que je me suis interdit d’acheter un quelconque de ses bouquins, le battage publicitaire provoquant chez moi l’effet inverse que celui espéré par l’éditeur, par ses rabatteurs et sans doute par l’auteur lui même. Ce faisant, je ne préjuge pas de la valeur littéraire des œuvres, mais je refuse de me laisser rien imposer par quelque biais que ce soit. Néanmoins, l’occasion faisant le larron, j’ai résolu d’aller visiter le monde houellebecquien puisqu’il se présentait à moi si obligeamment, et, par esprit de contradiction, j’ai décidé de lire un titre ancien, à savoir « Les particules élémentaires », plutôt que le dernier à la mode.
Disparates, disais-je, car dans le même temps, j’ai intercepté deux ouvrages déjà lus mais dont les titres et les auteurs m’ont tiré l’œil, allez savoir pourquoi ? Une petite dérive sentimentale un brin nostalgique ? Pas même, car je sais trop que les retours au passé ne font pas respirer les mêmes senteurs que distillaient les temps anciens. Non. Simplement, l’envie de reprendre ces réflexions « à partir de » dont j’ai fait un principe de pensée. En effet, je n’ai jamais consenti à recevoir les mots des autres (de ceux dits « philosophes » en particulier) comme dons du ciel, encore moins comme vérités acquises et transcendantes. A mon sens, toute pensée péremptoire, directrice et incitatrice est totalitaire, et donc ma nature se rebelle. Simplement relire Jean Paul Sartre et ses « carnets de la drôle de guerre » et les « Propos sur le bonheur » d’Alain.
J’ajouterai enfin à la liste le « traité d’Athéologie » de Michel Onfray dont je suis curieux de connaître le « militantisme philosophique » dont il se vante, paraît-il. Je n’oublie pas que, depuis quelques décennies, les « philosophes » sont devenus des chevaliers casqués et armés de théories aussi fumeuses et déconstruites qu’inutiles et sans lendemain, de Bernard Henry Levy à André Comte-Sponville en passant par l’industrieux politicien Luc Ferry, l’ombrageux André Glucksmann, l’homme d’appareil Pascal Bruckner, le très officiel Marcel Gauchet, le guerrier Alain Finkielkraut et l’ancien rebelle réactionnaire Jean François Revel. J’en oublie. De quoi faire et je ne manquerai pas d’exposer ici les fruits recueillis dans et d’après ces lectures et relectures.
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20 février 2006
Les mots
De la presque autobiographie de Jean Paul Sartre ( autojustification ? ) :
"La culture ne sauve rien ni personne, elle ne justifie pas. Mais c'est un produit de l'homme : il s'y projette, s'y reconnaît ; seul, ce miroir critique lui offre son image."
"Si je range l'impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui."
Ces phrases de la fin de son livre traduisent une certaine humilité, qui touche, venant d'un pareil homme, dont la notoriété parcourut le monde... L'humilité n'est pas faiblesse. La faiblesse appelle l'humiliation. Le fatalisme et le silence sont enfants de la faiblesse. C'est Victor Hugo qui a le dernier mot : " Ceux qui vivent sont ceux qui luttent "
14:00 Publié dans A-Philosophie, Notes de lectures | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, vive la vie, *de tout et de rien*, blog


