21 février 2008

Anniversaire...

Raymond Queneau eut l’idée de naître un 21 février (1903, pour être précis) et quelques dizaines d’années après lui, j’ai eu la même idée ! Ce curieux personnage est l’auteur de “Zazie dans le métro” mais pas seulement. Il a fait partie du mouvement surréaliste et fut l’un des fondateurs de l’OULIPO. Kékséksa ? L’OUvroir de LIttérature POtentielle. Un énergumène en apparence, mais hypersensible.

Ses  “Exercices de style” sont célèbres. P’t’être bien un électron libre et un facétieux, ce bonhomme !

J’ai choisi ce poème aujourd’hui, pour commencer mon année nouvelle.

L’inspiration

De son juchoir
la poule laisse choir
un œuf
c’est une imprudence
un moment d’absence
mais il tombe pouf
dans la paille :
la fermière était prévoyante
combien de poèmes brisés
que ne recueille aucun recueil.

17 novembre 2007

Tiré des Fleurs du Mal

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Le goût du néant 

Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,
L'Espoir, dont l'éperon attisait ton ardeur,
Ne veut plus t'enfourcher! Couche-toi sans pudeur,
Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle bute.

Résigne-toi, mon cœur; dors ton sommeil de brute.

Esprit vaincu, fourbu! Pour toi, vieux maraudeur,
L'amour n'a plus de goût, non plus que la dispute;
Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte!
Plaisirs, ne tentez plus un cœur sombre et boudeur!

Le Printemps adorable a perdu son odeur!

Et le Temps m'engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur;
Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur,
Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute.

Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute?

Charles Baudelaire

 

16 novembre 2007

"Le martinet" de René Char

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Illustration de Miro

27 octobre 2007

Un poème de Paul Éluard

Toi la seule

Toi la seule et j'entends les herbes de ton rire
Toi c'est la tête qui t'enlève
Et du haut des dangers de mort
Sur les globes brouillés de pluie des vallées
Sous la lumière lourde sous le ciel de terre
Tu enfantes la chute.

Les oiseaux ne sont plus un abri suffisant
Ni la paresse ni la fatigue
Le souvenir des bois et des ruisseaux fragiles
Au matin des caprices
Au matin des caresses visibles
Au grand matin de l'absence la chute.
Les barques de tes yeux s'égarent
Dans la dentelle des disparitions
Le gouffre est dévoilé aux autres de l'éteindre
Les ombres que tu crées n'ont pas droit à la nuit.

Paul Éluard dans « L’amour la poésie »

24 octobre 2007

Brise Marine

Je voudrais être comme les oiseaux de ce poème de Stéphane Mallarmé…


La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres.
Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux!
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature!
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs!
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots!

 

 

 

Stéphane Mallarmé

03 août 2007

Le p'tit bonheur - Félix Leclerc

 

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C'était un petit bonheur
Que j'avais ramassé
Il était tout en pleurs
Sur le bord d'un fossé
Quand il m'a vu passer
Il s'est mis à crier:
"Monsieur, ramassez-moi
Chez vous amenez-moi

Mes frères m'ont oublié, je suis tombé, je suis malade
Si vous n'me cueillez point, je vais mourir, quelle ballade !
Je me ferai petit, tendre et soumis, je vous le jure
Monsieur, je vous en prie, délivrez-moi de ma torture"

J'ai pris le p'tit bonheur
L'ai mis sous mes haillons
J'ai dit: " Faut pas qu'il meure
Viens-t'en dans ma maison "
Alors le p'tit bonheur
A fait sa guérison
Sur le bord de mon cœur
Y avait une chanson

Mes jours, mes nuits, mes peines, mes deuils, mon mal, tout fut oublié
Ma vie de désœuvré, j'avais dégoût d'la r'commencer
Quand il pleuvait dehors ou qu'mes amis m'faisaient des peines
J'prenais mon p'tit bonheur et j'lui disais: "C'est toi ma reine"

Mon bonheur a fleuri
Il a fait des bourgeons
C'était le paradis
Ça s'voyait sur mon front
Or un matin joli
Que j'sifflais ce refrain
Mon bonheur est parti
Sans me donner la main

J'eus beau le supplier, le cajoler, lui faire des scènes
Lui montrer le grand trou qu'il me faisait au fond du cœur
Il s'en allait toujours, la tête haute, sans joie, sans haine
Comme s'il ne pouvait plus voir le soleil dans ma demeure

J'ai bien pensé mourir
De chagrin et d'ennui
J'avais cessé de rire
C'était toujours la nuit
Il me restait l'oubli
Il me restait l'mépris
Enfin que j'me suis dit:
Il me reste la vie

J'ai repris mon bâton, mes deuils, mes peines et mes guenilles
Et je bats la semelle dans des pays de malheureux
Aujourd'hui quand je vois une fontaine ou une fille
Je fais un grand détour ou bien je me ferme les yeux
...Je fais un grand détour ou bien je me ferme les yeux...

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19 juin 2007

Un poème de René Char

Merci à Sar@h (voir lien colonne de gauche), qui sait lire dans l'âme, de m'avoir fait ce cadeau.

 

 

 

Allégeance

 

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus, qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus, qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

René Char
Extrait de
"Eloge d'une soupçonnée,
Poésie/Gallimard"

21 septembre 2006

Insomnie

Cette nuit, il fait un temps d'insomnie... alors je me tourne vers Jacques Prévert. Encore lui, et toujours. Tu ne dors pas, me dit-il, parcequ'il faut que tu saches ceci :

" Trop souvent, les blancs chantent en noir, ou en noir et blanc. Les noirs chantent en couleurs et aussi les enfants. " *

Pendant l'insomnie on pense à tout, à un mélange d'idées, de sujets, sans en prendre bien conscience. Puis tout à coup revient ce mot glané dans une précédente lecture :

" Économie politique : Merde à l'or ! " **

Il faut bien s'offrir quelques friandises, quand on ne dort pas !

 

* et ** : Intermèdes, dans Spectacle - Jacques Prévert - Gallimard - Folio

19 septembre 2006

L'éternité provisoire

La nuit. Quatre heures trente. Sommeil brisé, déjà oublié. Pénombre dedans, nuit dehors. Silence dedans silence dehors. Même l’usine étrangère ne vibre plus. Ivresse ouatée d’un matin à peine commencé. Pas incertains pour éviter le bruit et les chocs. L’instant non choisi de l’éveil plonge dans un immédiat songe d’éternité. Point de saveur encore sous la langue, point de parfum capiteux et captivant. Point d’odeur, pas même celle du bitume mouillé. Point de référence météorologique tant la nuit est noire. Point de référence de vie tant l’esprit est nettoyé et libre. Point de sollicitation provisoire ou provocante. Solitude riche d’espoir caché. Les mots ne signifient pas encore. L’éternité s’évanouit quand l’horloge de l’église fait sonner son troisième quart d’heure. L’usine grince, le moteur des cloportes sur quatre roues ronfle. La rue s’emplit des mécaniques qui roulent toutes dans le même sens et le flot des habitudes se met à couler.

18 septembre 2006

A propos de liberté et de vérité

Un "intermède" de Jacques Prévert, dans son livre  'Spectacle'

 

Quand la vérité n'est pas libre, la liberté n'est pas vraie :

 les vérités de la police sont les vérités d'aujourd'hui.

 

Puis un petit poème extrait du même recueil : " De grands cochers... "

 

De grands cochers intègres

et protecteurs des bêtes

sur le siège du carrosse

où leurs fesses sont posées

agitent au bout d'une perche

une carotte pourpre

et les cochers stimulent

les centaures attelés

en poussant de grands cris

Vive la liberté

Et les centaures galopent

éblouis enivrés

route de la révolte

sans jamais s'arrêter.

 

Jacques Prévert - Spectacle- Gallimard - Folio

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