19 juin 2008

Une pensée de Pascal

Le bac n’a rien à voir… Cette pensée de Pascal me tarabuste en ce moment. J’aime bien consacrer de longs instants à la réflexion, ces jours ci. Réflexion, c’est tout.  Pour en faire quoi, je ne sais pas, je ne suis pas philosophe ?  Peut-être simplement pour savoir si cette pensée pourrait être mienne.

Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent a venir, comme pour hâter son cours, ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt, si imprudents que nous errons dans les temps qui ne sont point nôtres et ne pensons point au seul qui nous appartient, et si vains que nous songeons a ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu'il nous afflige, et s'il nous est agréable nous regrettons de le voir échappé. Nous tachons de le soutenir par l'avenir et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.

Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé ou a l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent, et si nous y pensons, ce n'est que pour prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin. Le passé et le présent sont nos moyens, le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours a être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons pas.”

13 novembre 2007

Question

Albert Camus écrit dans Le Mythe de Sisyphe :

« Voici l’étrangeté : s’apercevoir que le monde est « épais », entrevoir à quel point une pierre est étrangère, nous est irréductible, avec quelle intensité la nature, un paysage, peut nous nier. Au fond de toute beauté gît quelque chose d’inhumain et ces collines, la douceur du ciel, ces dessins d’arbres, voici qu’à la minute même, ils perdent le sens illusoire dont nous les revêtions, désormais plus lointain qu’un paradis perdu. L’hostilité primitive du monde, à travers les millénaires, remonte vers nous. »

J’ajoute ma question : « N’en est-il pas de même entre êtres humains ? »

14 septembre 2007

Question banale

On peut se demander ce que tout cela veut dire. Je m’explique. Vous connaissez la réflexion de sens commun : « Un mot en entraîne un autre, et, forcément, les mots finissent par dépasser la pensée. » Et ensuite ? Qu’a-t-on expliqué, en définitive ? Rien, à moins d’admettre que les mots soient indépendants de celui qui les prononce. Vous y croyez, vous ? « Excusez-moi, mais je n’ai pas réfléchi à ce que j’ai dit. » Ou bien « Je ne pensais pas ce que j’ai dit. » Ah bon ? Mais d’où vient donc ce que vous avez dit, sinon de vous ?

 Dans un autre domaine, lorsqu’on fait quelque chose et qu’au vu des conséquences, souvent dramatiques ou tristes, on vous annonce, si vous êtes victime : « Je ne voulais pas cela. » Ah bon ? Mais que vouliez vous donc ? Pourquoi cet acte si ce n’était pas votre volonté, votre décision ? Je trouve que souvent, avec ce genre d’expression, on s’en tire à bon compte ! Un vide de la franchise qui dispense de se justifier ou d’expliquer. En y réfléchissant bien, c’est une bonne façon, parmi d’autres, de fabriquer des malheureux. Vous ne croyez pas ?

10 septembre 2007

Solitude (1)

Le 14 Août dernier, j’avais donné un devoir de vacances auquel ont répondu six personnes, toutes de sexe féminin ! Un signe ? J’avais promis un billet, il y en aura plusieurs, car le travail de réflexion a été long, d’une part, et, d’autre part, trop d’abstraction d’un coup pourrait lasser, à juste titre. 

 D’un paysage nu, étendu, silencieux et désert, on dit qu’il est une solitude. Y entrer, le parcourir, c’est entrer en solitude, à la condition, cela va de soi, de ne rencontrer personne. Du moins c’est ce que l’on croit. Ne rencontrer personne, ne pas risquer de rencontrer quelqu’un, est plutôt un état d’isolement. Ce n’est pas la solitude. Être rejeté, ne plus vivre avec, c’est se retrouver dans un sentiment de souffrance dû à l’absence. Ce n’est pas non plus la solitude. Et pourtant, dans chacun des états cités, on parle de solitude… (A suivre)

28 août 2007

Il faut marcher...

Qu’avez-vous à me parler de la vie, cher ami. Il n’y a pas de vie, pas une vie, il y a des vies, des millions de vies, des milliards de vie, qui s’entrecroisent par incidence, qui s’entrechoquent, par amour, par haine, par indécence. Il y a plus de vies que cela et qui ne se côtoient même pas. Cela en fait des vies ! Ce ne sont pas des vies, ce sont des existences me dites-vous.  Attention, vous tombez dans le conventionnel, dans la modélisation. C’est à la mode. Comment cliché ? Que me contez-vous là ? Quoi ? Quel système ? Avez-vous vu ou connu un seul “système” durer, vous ? L’un chasse l’autre, il y a même polémique entre eux. Exactement comme en politique – autre création trop humaine – où encore aucune théorie ne s’est avérée définitive. Pas plus qu’en économie. Ou qu’en… Ai-je besoin de continuer ? Vous voulez expliquer quoi ? Les milliards de vies, florales, animales, humaines ? Mais expliquer quoi ? L’individu n’est qu’individu, et s’il se prend à chanter, il est seul à chanter. Et si les autres l’accompagnent, ce sont des autres seuls, tout nus, qui font concorder leurs voix solitaires, un peu comme le ramage des oiseaux. Chacun chacune voisine avec chacun et chacune. Ce n’est que du voisinage. Et même au milieu d’une arborescence, l’individu, l’être, est seul. Il n’est qu’une vie, parmi les milliards de vies. Comment ? Transcendance ? Immanence ? Où est votre problème ? Le besoin d’explication dites-vous ! Vous en voyez l’utilité pour mettre un pied devant l’autre, vous ? Ce que l’on fait tous les jours, d’ailleurs, qu’on se pose ou pas la question, tant que la vie individuelle consent à durer ! Comment ? Comprendre l’organisation et l’évolution du monde ? Soit. Vous voulez dire savoir ce que signifie tout cela pour finir par constater que la vie individuelle, même perméable à d’autres vies, n’est qu’individuelle. Comme le brin d’herbe dans sa touffe. Vous voyez ? Non ? Ah, vous avez l’esprit cartésien ! Je vois. Mais même cartésien, pour un autre cartésien il ne sera pas le même. Il sera le sien, comme le vôtre n’est que le vôtre. En réalité, cet esprit là est celui de Descartes et de lui seul. Pas le vôtre. Même s’il y ressemble un peu, ce qui reste à prouver. Tant pis, je vais continuer à marcher un peu.

14 août 2007

Devoir de vacances

Trois citations d’Albert Camus, que j’ai ressorties de mes archives ! Qu’en pensez- vous ? Selon vos réponses (ou pas) je ferai ensuite une note sur le sujet.

« Les hommes et les femmes, ou bien se dévorent rapidement dans ce qu’on appelle l’acte d’amour, ou bien s’engagent dans une longue habitude à deux. Entre ces extrêmes, il n’y a pas souvent de milieu. Cela non plus n’est pas original. A Oran comme ailleurs, faute de temps et de réflexion, on est bien obligé de s’aimer sans le savoir »   Albert Camus – La Peste – Gallimard – 1947 – Page 15.

 « La solitude ! Tu la connais, toi, la solitude ? Celle des poètes et des impuissants. La solitude ? Mais laquelle ?Ah ! tu ne sais pas que seul, on ne l’est jamais! Et que partout le même poids d’avenir et de passé nous accompagne! Les êtres qu’on a tués sont avec nous. Et pour ceux-là, ce serait encore facile. Mais ceux qu’on a aimés, ceux qu’on n’a pas aimés et qui vous ont aimé, les regrets, le désir, l’amertume et la douceur, les putains et la clique des dieux. Seul ! Ah, si du moins, au lieu de cette solitude empoisonnée de présences qui est la mienne, je pouvais goûter la vraie, le silence et le tremblement d'un arbre! » -    Scène 14 de l’acte 2 de « Caligula »– Œuvres d’Albert Camus - Bibliothèque de la Pléiade  - Théâtre, Récits, Nouvelles.

 "Si la solitude existe, ce que j'ignore, on aurait bien le droit, à l'occasion, d'en rêver comme d'un paradis."
(L'envers et l'endroit (Préface), p.25, Folio-essais n°41)

 

12 juin 2007

Une question

Certains jours, le monde clos où nous vivons éclate et nous projette bien loin, hors de lui, hors de nous, et nous interroge si abruptement qu’il dépasse notre entendement. Oh ! Il suffit de peu de choses pour qu’aie lieu cette explosion. D’un cheveu d’ange tendu entre deux branches ou d’une pierre au bord d’un chemin. Et nous voilà transportés dans un autre univers, où le questionnement nous happe et nous tient fermement dans sa main. Le cheveu d’ange, la pierre, sont autres que nous et existent, même quand nous ne les percevons pas ! Dès lors,  qu’en est-il de nous, qui passons à côté d’eux, souvent sans même les voir ? Notre vision narcissique du monde se déchire et notre déstabilisation est grande, qui ébranle soudain toutes nos petites certitudes. Un fil d’ange, seulement… rendez vous compte. A plus forte raison s’il s’agit de la rencontre, ou de la perte, de notre semblable. A ceci près, tout de même, que notre autre nous fait effet de miroir, de reflet dans ce miroir, plus exactement. Et la tentation est grande de se retourner sur soi. Néanmoins, au minimum, il y a recul des frontières entre nous et l’autre, entre nous et le reste. L’ «égocentre », où nous nous complaisons, s’efface, ouvre la porte à une respiration du monde bien plus stimulante, tout à coup, que nos minables efforts pour nous comprendre et supporter nous-mêmes. Il est tentant, en ce qui me concerne, de m’engager dans la voie de cette découverte et d’essayer d’y reconnaître, enfin, la vie.

23 septembre 2006

Panique le temps.

Passé le cap de zéro heure zéro minute. Quoi ? Le temps. Est-ce que cela existe, le temps ? Comment se compte-il ? A peine le premier chiffre est décompté qu’il n’a plus de valeur. Pendant la prononciation du second chiffre on le sent fuir, filer et ne plus exister. Et ainsi de suite. Suite de quoi ? Un chiffre dévalorisé, un autre qui s’enfuit, le prochain qui n’existe pas encore. C’est quoi le temps ? La suite de quoi ? Pas de valeur. Fuite vers rien. Avenir sans consistance. Un moment. Est-ce que cela existe un moment ? Une simple respiration et nous serions dans un autre moment. Une suite de moments qui s’enfuient, se fuient, ne s’attrapent pas, ne se saisissent pas, finis dès qu’ils arrivent. Évaporation de l’inconnu à venir vers un hier déjà oublié. Hier, aujourd’hui, demain. Aujourd’hui, ce n’est rien. Rien qu’un mot. Mot du jour, à peine prononcé rejeté dans le néant de l’inexistant. Mot du jour appelant le non encore existant pour le nier dans l’instant où l’on croit le saisir. Existant, instant. Suite, moment. Temps. Est-ce que cela existe le temps ?

18 septembre 2006

A propos de liberté et de vérité

Un "intermède" de Jacques Prévert, dans son livre  'Spectacle'

 

Quand la vérité n'est pas libre, la liberté n'est pas vraie :

 les vérités de la police sont les vérités d'aujourd'hui.

 

Puis un petit poème extrait du même recueil : " De grands cochers... "

 

De grands cochers intègres

et protecteurs des bêtes

sur le siège du carrosse

où leurs fesses sont posées

agitent au bout d'une perche

une carotte pourpre

et les cochers stimulent

les centaures attelés

en poussant de grands cris

Vive la liberté

Et les centaures galopent

éblouis enivrés

route de la révolte

sans jamais s'arrêter.

 

Jacques Prévert - Spectacle- Gallimard - Folio

29 août 2006

En marchant

En marchant, je pense qu’un(e) personnage en colère, rouge de colère, les yeux exorbités de colère, qui lance à un(e) autre personnage :  « je te réserve un chien de ma chienne ! », n’a pas tout dit. Il devrait ajouter,  « même si tu n’en veux pas… », sinon où serait la méchanceté, n’est-il pas ?

Toujours en marchant, j’imagine les compères et commères qui se congratulent. « Très chère… »,  « Très cher… », ils ajoutent plus rarement « ami », car cela engage. Très cher(e) donc. Cela veux dire tu m’es « cher(e) » parce que j’ai besoin de toi, parce que tu fais parti de mon monde, parce que tu vaux cher et qu’il vaut mieux jouer dans ta cour, parce que tu es influent, parce que je peux ou je vais me servir de toi. J’aime les grands sentiments…

 

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