13 mars 2006
Les mots modes
Depuis quelque temps déjà, je prête attention aux mots employés aujourd’hui, disons dans un monde plutôt officiel et artificiel. Celui où il faut se mouvoir pour être vu, chacun sachant qu’un des attributs de la « réussite » est le paraître (à tout prix ?). Autant dire le monde qu’on nous met sous le nez à longueur de journées, pour éviter, sans doute, que nous n’apercevions le monde réel par quelque interstice mal colmaté.
Embarras du choix. Le pompon pour l’heure à la PROBLÉMATIQUE. Si vous n’employez pas le mot « problématique » dans vos discours au moins toutes les dix respirations, c’est que vous êtes victime d’un AFFECT qui infecte votre LOGICIEL psychologique. De quoi saliver, non ?
Problématique, adjectif : qui fait problème. Nom féminin : Ensemble des problèmes se posant sur un sujet déterminé, selon le Robert. La problématique s’applique désormais à tous les domaines et confère au langage une apparence pseudo scientifique qui vous pose comme quelqu’un d’averti et d’instruit des choses dont « on » parle dans une conversation ou dans une société. Cela donne l’impression de s’extraire du « on », d’évoluer au-dessus, voilà koââââ ! Méconnaissance du sujet ? Appel à la problématique. Je n’ai pas suivi ? Problématique pourvoira à mon indifférence.
Qu’en est-il exactement ? Nous supposons qu’à l’origine de cette mode, un « personnage » s’emberlificotait dans des circonlocutions à propos d’un thème qu’il ne maîtrisait pas ou auquel il ne s’attendait pas. Pour éviter une noyade rapide ou un enlisement certain, dont sa notoriété serait la victime, il sortit triomphalement de sa poche la problématique qui, en l’occurrence, ne veut rien dire et peut s’appliquer à tout. Sauvé le Monsieur. Depuis d’autres ont saisi la même perche, au point qu’aujourd’hui la problématique est devenue une véritable « tarte à la crème », fort prisée, fort à la mode. Ce mot fait florès au détriment d’une véritable rigueur et d’une réelle connaissance, il supplée à tous les manques, camouflant une triste paresse de l’esprit et permettant tous les amalgames possibles. Il fallait y penser.
Problématique, problématique, tout n’est que problématique !
Bien d’autres mots ou expressions subissent le même sort. « Tout à fait », « absolument », « culte » (films, livres, séries), « logiciel », « affect » etc… En connaissez-vous ? Faites part de ces mots qui vous amusent ou qui vous énervent.
19:56 Publié dans Au fil des jours | Lien permanent | Commentaires (20)
Commentaires
Écrit par : Fabrice | 14 mars 2006
A bientôt de te lire.
Écrit par : Rony | 14 mars 2006
Article très judicieux et qui tombe à pic. En effet, je trépigne souvent en entendant le vocabulaire utilisé par certains personnages publics.
Les mots modes :
- la "grogne" (des usagers, des médecins etc.)
- pénurie
- cibler
- élucider
- exactions
- entamer un bras de fer avec ...
- les "jeunes"
Les amalgames et les contresens qui me hérissent le poil :
- antisémite utilisé à tort et à travers (voir l' article dans mon blog à ce sujet)
- décimé (employé comme synonyme d'exterminer et qui signifie en réalité "tuer une personne sur 10")
- "par contre" en début de phrase pour "en revanche"
- "vécu" pour "expérience"
-"prévoir à l'avance" (pléonasme)
Il y en a d'autres, mais qui ne me viennent pas à l'esprit immédiatement.
A toutes fins utiles, je te recommande le site suivant :
http://www.patrimoine-de-france.org/
Merci Rony pour ce petit-déjeuner littéraire !
Écrit par : Michoko | 14 mars 2006
Bref, j'en ai plein comme ça. Il parait que c'est normal. C'est la modernité.
Écrit par : Fred | 14 mars 2006
-)la grande messe du 20h
-)générations futures
etc....
pis tous les mots qui ont perdu leur sens premier
-) extaordinaire
-)catastrophe
-) canicule
-)tempête
etc...
Écrit par : anne | 14 mars 2006
Écrit par : steph | 15 mars 2006
Michoko et anne font en plus le distingo entre les mots modes, les mots amalgames, les mots galvaudés et fatigués d'être utilisés à tort et à travers. Merci à vous deux.
Merci aussi à Fred qui, avec malice, ajoute "modernité" à sa liste...
et à Fabrice qui souligne la tendance "scientiste" à modéliser la "société".
Tout cela prouve s'il en était besoin combien notre langue est malade.
Je pense à constituer un petit glossaire avec les mots que vous me signalez et vos commentaires, ce devrait être amusant et intéressant, non ?
Écrit par : Rony | 16 mars 2006
Écrit par : Arouet Le Jeune | 16 mars 2006
Il me vient à l'esprit le mot "improbable", glissé désormais dans toutes les conversations ou discours pou disqualifier certains faits, certaines options, certaines convictions. Cela demande peu d'effort d'argumentation.
Et que penser de cette approbation : " c'est clair ! " ?
Écrit par : Rony | 16 mars 2006
Just for the fun :"Un mystère, c'est un problème qui empiète sur ses propres données, qui les envahit et se dépasse par là-même comme simple problème." ... "Un mystère placé devant la réflexion tend inévitablement à se dégrader en problème." (Gabriel Marcel)
Tout cela me paraît bien ... problématique !
Écrit par : Lou | 16 mars 2006
sous cet angle, problématique est bien à sa place et justifié.
Écrit par : Rony | 16 mars 2006
"remettre les gens au travail"
J'exercre cette expression car elle est chargée de sous-entendus que je ne supporte plus.
Écrit par : Fred | 16 mars 2006
Quand à l'expression "c'est clair", j'essaie de me débarrasser de ce tic de langage que j'ai fait mien depuis quelque temps. Grrrrr !
Écrit par : Michoko | 19 mars 2006
Michoko, ce sera un tavail long j'imagine, car dans votre optique, il ne s'agit pas que de mots "modes". Mais "le jeu en vaut la chandelle" !
J'ai de nouveaux (anciens) termes : gouvernance, bonnes pratiques, productif, contreproductif, tous plus ou moins issus d'un "langage" économiste, celui-là même qui prétend gouverner le Monde.
Écrit par : Rony | 22 mars 2006
"Oui il faut faire preuve de pragmatisme car notre pays ne peux plus attendre" bla bla bla et bla bla bla......
Imène
Écrit par : Imouna la blogueuse | 22 mars 2006
Écrit par : Rony | 23 mars 2006
Écrit par : Imouna la blogueuse | 23 mars 2006
Écrit par : Rony | 06 avril 2006
"être à l'écoute"
Écrit par : Michoko | 10 août 2006
Un de plus pour votre collection, cuvée 2006 :
"les quartiers" employé désormais pour désigner ces endroits sinistrés en périphérie des grandes villes ...
Exit les cités, les banlieues maintenant on dit, par exemple, "la colère gronde dans les quartiers".
Stupidité suprême ou erreur révélatrice ?
Car enfin, nous habitons tous des quartiers, moi celui de Paris sud, vous le votre, alors oui, la colère gronde dans "les quartiers" car la France toute entière est en colère ?
Écrit par : Michoko | 07 novembre 2006
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