21 octobre 2009

Insomnie

 

Il est bizarre ce silence. Pas intérieur. Intérieur, je veux dire à l’intérieur de la maison, pas à l’intérieur de moi. A l’intérieur de moi c’est autre chose, dont on ne parle pas, non par envie de silence mais par pudeur et discrétion. Donc à l’intérieur de la maison, ce n’est pas tout à fait le silence. Il y a ces craquements, au dessus de la tête, là, juste au coin de la pièce. Et accessoirement ma respiration. C’est curieux, parce que, au dessus, là, même au coin, il n’y a rien, ni personne. Juste un plafond qui devrait être silencieux, en vérité, lui ! Et bien il bruisse… Tout cela pour évoquer ce silence bizarre, à l’extérieur, dehors – voilà j’ai trouvé le mot – dehors, à l’extérieur de la maison, dans cette pleine nuit sans lune qu’on croirait aussi sans vie. Tout à l’heure, peut être, il y a quelques instants, une colère ou une chaleur de chats. Puis plus rien, où sont les oiseaux de nuit ? Alors vous pensez, c’est tellement silencieux dehors, lourdement silencieux, noir de nuit et de silence, que l’intérieur de la maison craque, au dessus, là, au coin, même s’il n’y a personne au dessus. Bizarre ce silence, et je me demande quand je vais enfin pouvoir m’endormir.

14 janvier 2009

Silence nocturne

 

Profitons de la nuit, puisque le sommeil n ‘est plus là. Dehors cette couleur orangée sous un ciel encore trop noir, trop nuit, pour laisser seulement imaginer une étoile. Mais il n’y aura pas d’étoile, le macadam est tellement humide qu’il trahit un ciel de nuages bas… Profitons donc de ce silence qui peut-être nous a réveillé, juste au bord d’un rêve qu’on n’aurait pas voulu faire. Peut-être…, ou qu’on a déjà oublié. Ouvrons le livre, à la page abandonnée avant l’endormissement. La vie recommence, où tu entres comme un intrus, parce qu’elle n’est pas la tienne, mais celle du livre. L’autre vie recommence. Celle écrite, lue, étalée sous tes yeux et que tu vas te mettre à vivre parce que la tienne est encore éteinte, à cette heure, sous le boisseau. Peut-être juste une petite braise va frémir, tout à l’heure, et s’enflammer pour tout un jour. Peut-être…, et devenir réelle. Subtil passage et mystérieuse identification. Tu te faufiles dans la page et les mots t’enroulent, te tourneboulent au point que tu te crois toi alors que tu n’es encore, pour le moment, que l’autre. Sortilège du livre, qui disparait quand tu le refermes. Debout dans ce silence ambiant et toujours nocturne. Incongru d’inutilité à cette heure que tu traverses sans la voir et sans savoir pourquoi. Cheminement vers le jour, vers l’ailleurs, vers demain ? Interrogation en boucle. Tais-toi. Respire ce qui n’est pas toi, mais qui devient toi et te possède. Ce silence, qui va s’éloigner. Bientôt.

13 janvier 2009

Vain espoir

Vain espoir espoir vain de voir venir d’ailleurs un souffle de vent frais sur une fournaise maintes fois rallumée avivée entretenue par des fous mais les pleurs les douleurs restent muets ou cachés fenêtres fermées sur tous les bruits du monde carapaces finement rendues étanches aux couleurs blanches de phosphore désert ou flamboiements de soleil et de bombes désert ou mensonge de droit soi disant divin désert de l’orgueil et de la haine tu pleures passant même pas tu n’entends plus toujours la même histoire chez toi il fait froid dehors et dedans comme la pierre de nuit du désert désert ou explosions lointaines sans cris entendus quelle porte enfoncer pour que jaillisse un espoir espoir vain vain espoir mais enfermé chez toi tu n’entends rien tu ne vois rien tu es trop occupé à rallumer le chauffage à fendre du bois pour ta cheminée et nettoyer la neige devant ta porte c’est que c’est dur un hiver loin des déserts où coule le feu

Dans les Mots et les Chants - Janvier 2009

08 septembre 2008

Soleil Septembre

 

 

Il fait soleil

Les enfants crient

Dans la cour de l’école

Il fait plus gai

 

Il fait ciel bleu

Sonne la cloche

Du camion de ferraille

Il fait vivant

 

Il fait tout vert

Sur la forêt

Le clocher resplendit

Il fait espoir

 

Il fait silence

Dans ce vieux cœur

Tout envahi d’automne

Il fait septembre

 

 

 

 

Dans "Les Mots et les Chants" - Septembre 2008

 

08 juin 2008

Du cri au Silence

Venir en offrant son premier cri et repartir en  silence. Entre temps, aller par les chemins, se désaltérer aux sources, choisir sa route aux carrefours. Grimper, escalader, s’arrêter, fatigué, parfois heureux. Reprendre son errance. Les ciels changent, indifférents et magnifiques. Mais toujours, toujours, comme Sisyphe, pousser son rocher vers le haut, lourd fardeau que le vide reprend après chaque progrès. Et recommencer encore. Lutte fatigante et inutile. Jusqu’à la fin. Avec l’impression de n’avoir rien édifié, rien compris. Même le cœur mal étreint arrête son effort. Les lendemains, depuis le premier jour, demeurent incertains et, soudain, le présent s’efface à jamais. Ni les couchers de soleil embrasés de couleurs  irréelles, ni les amours fragiles, fleurs de mensonge, n’y changent rien. Bientôt, il n’y aura plus de soir, plus de matin.

 

24 avril 2008

Plumes oubliées

Un rien un silence une musique étrange du vent le bruissement léger du ruisseau perdu sous celui des roseaux un jour une heure sans regard sous le ciel gorgé de soleil Une fulgurance un pincement au cœur un écartèlement des sentiments un envol d’oiseaux une plume oubliée un ensorcèlement

Tout roule

Tout coule

La foule

Désordonnée pressée stressée bâcle court se croise se serre s’écarte s’en va s’évapore revient s’agglutine

La houle tourne retourne sous le souffle des courants aériens des gifles d’air les arbres verts les prés enluminés de fleurs dorées le chemin champêtre court au milieu des  moissons papillons polissons égayés dans les fourrés les fleurs bigarrées senteurs effluves

Tableau inachevé toile rétive embruns odeurs marines bateaux au lointain dans le port le vent balaie les quais

Muse endormie respiration trop tranquille regard intérieur fermé sur lui-même escarre de l’âme trop longtemps allongée dans un lit incertain et inutile

Vieille pierre moussue sous le regard de l’ange sculpté dans un granit gris ailes étranges et grises sur le tombeau d’un soldat oublié dans les bois de Meuse statue de bronze noire sur un socle blanc du peintre pétrifié dans un geste définitif à ses pieds une plume oubliée

Retour à la source qui chante un prochain été sans mémoire sur les forêts de silence les arbres s’embrassent et se repoussent au gré des vents sur la sente l’humus s’épaissit quelques feuilles déjà brûlées le temps avance et ramasse les ans les brasse les accumule les empile les éteint

Murmure et rivière champs semés macadam et tours de Babel les mondes mêlés  indifférents étrangers aux autres Des fleuves chargés de vies et d’idées et sur les berges quelques plumes oubliées.

19 janvier 2008

Nuages

 

Sombres nuages

Allongés sous le ciel

Fermés sur la terre

Plombs sur le cœur

Insensé

Qui croit encore

Mais ne sait plus

Rêver à rien

Les nuages passent

Comme le temps

 

 

 

Dans les Mots et les Chants - Janvier 2008

 

24 décembre 2007

Pause

Il est sept heures. Pas de vent. Froid, gel. Pas de brume. Éclairage publique orange. Pas de chat. Pas de gens. Seulement la cloche de l’église. Café. Café encore. Cigarette. Couleurs sur la toile, mais geste encore indécis. Orange. Ton orange. Vermillon, jaune. Erreurs blanches, terreur des formes. Rondeurs, nuances. Ensemble désert, chaud, ocre, un peu jaune, comme on rit. Dehors bleu nuit. Toile vibrante d’un peu de sang, d’un peu de brun cuit, d’un peu de vert mélangé, très peu, juste une pointe et le pinceau qui glisse timidement. Retrouver le geste vif. Froid. Œil bleu acier, cœur chaud de l’image. Pause.

20 décembre 2007

Une rose une vie

Enfin déjà l’année va finir Quelques semaines encore

Et il n’y paraîtra plus

Voilà où mène ce long silence Vers l’inconnu Des cœurs chiffonnés

 

Il restera d’autres horizons

A franchir

 

Je prendrai mon bâton de marche Décidé à ne plus offrir prise

Aux pleurs inutiles Infligés par toi

 

Je partirai là-bas Ou resterai ici

Cela ne regarde que moi.

 

Je connais d’ailleurs  Le pays glacé

D’où tu as prétendu me tirer Et où tu m’as renvoyé

 

Ce pays est le mien Et je finis par le chérir

 

Tes mots ou plutôt tes silences N’ont pas permis d’aimer

J’aurais du le savoir Avant toi déjà le sentiment d’amour

S’est révélé inutile Et menteur

Pourquoi as-tu permis Ce même mensonge

Je n’en avais pas besoin

 

J’ai retrouvé mon ancienne route Celle où tu n’étais pas

Et si j’y ai cueilli une rose unique Elle n’était qu’à toi

Et je m’y suis blessé Je te la rends

Elle t’avait été offerte par un quidam

 

Je t’offre aussi ce dernier silence Qui ne parlera plus jamais

Ni de nous ni de moi Ni de toi

 

Pour moi aussi désormais La porte est fermée

Et ce sera sans doute là Ton plus grand bonheur

Qu’importe le mien

 

18 novembre 2007

Abstractions...

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La rue frissonne

Le cœur abandonne

Où fuit l’avenir

 

Nuage sans soleil

Un chat gris miaule

Froid dans l’âme

 

Fin de l’automne

Cuivres résonnent

Chasseurs à fuir

 

La nuit sans sommeil

Nu de ton épaule

Chaleur de  drame

 

La botte éperonne

La bête s’étonne

Tout va finir

 

Dans Les Mots et Les Chants - Novembre 2007

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